« On est aux normes ? » C'est la question qui revient dès qu'on parle d'hygiène en salon. Elle mérite une réponse précise, parce que la confusion est réelle : la réglementation française encadre sévèrement ce qui entre en contact avec la cliente, et laisse une très grande liberté sur l'état général du local.
Ce que le règlement sanitaire impose
L'hygiène des salons relève du règlement sanitaire départemental. Chaque département a le sien, tous construits sur le même modèle national ; celui de Paris, dont les articles 117 et 118 sont les plus souvent cités, sert de référence.
Les obligations sont concrètes :
- Désinfection des instruments pour chaque cliente. Pas en fin de journée : entre chaque personne.
- Renouvellement des serviettes pour chaque cliente. Même règle, même exigence.
- Lavage des mains et des ongles au savon puis au liquide antiseptique avant chaque prestation.
- Matériel dédié en cas de lésion cutanée du cuir chevelu ou de la peau, avec des mesures de désinfection renforcées.
- Gants de protection fournis par l'employeur pour les permanentes, les soins et les colorations.
- Produits hémostatiques conservés en récipient fermé, appliqués au coton stérile renouvelé à chaque usage.
- Locaux convenablement aérés et éclairés. La formulation est volontairement générale.
Ce qu'imposent les autres textes
Trois obligations souvent oubliées, qui ne relèvent pas de l'hygiène mais du même contrôle :
- Qualification professionnelle. Le responsable technique doit détenir un brevet professionnel, un brevet de maîtrise, ou justifier de trois années d'expérience — articles L121-1 et R121-1 du Code de l'artisanat.
- Statut d'établissement recevant du public. Votre salon est un ERP : sécurité incendie et accessibilité aux personnes handicapées s'appliquent.
- Acide thioglycolique (permanentes) : son usage entre 8 et 11 % est réservé aux titulaires de diplômes reconnus — décret n° 98-848 du 21 septembre 1998.
Ce que la réglementation n'impose pas
C'est là que la plupart des gérantes se trompent, et c'est important à savoir.
Aucun texte ne vous impose une fréquence de nettoyage des sols, des assises, des vitrines ou des sanitaires.
Il n'existe pas de norme qui dise « le sol doit être lavé chaque jour » ou « les fauteuils doivent être repris trois fois par an ». Le règlement sanitaire protège la cliente du matériel — ciseaux, peignes, serviettes, produits. Il ne protège pas votre salon de l'usure et de l'encrassement.
Autrement dit : sur ces postes-là, vous n'avez aucune obligation légale. Vous n'avez qu'une décision commerciale à prendre.
Pourquoi ça reste le sujet qui compte
Personne ne viendra vous sanctionner pour une plinthe encrassée ou un fauteuil jauni. Mais ce n'est pas un inspecteur qui décide de votre chiffre d'affaires.
Une cliente assise quarante-cinq minutes dans votre salon regarde, sans y penser, exactement les endroits que la réglementation ignore : l'accoudoir sur lequel repose son bras, le sol autour du fauteuil, le miroir, le bac où on lui renverse la tête. Elle ne dira jamais que c'est sale. Elle espacera ses rendez-vous.
La réglementation vous protège d'un risque sanitaire. Elle ne dit rien de l'impression que laisse votre salon. Le premier relève du contrôle, le second de votre positionnement — et c'est le second qui se voit sur le carnet de rendez-vous.
Ce que vous pouvez faire cette semaine
- Vérifiez le protocole de désinfection entre chaque cliente. C'est le seul point où vous êtes réellement exposée.
- Asseyez-vous dans votre propre fauteuil client, cinq minutes, et regardez ce qu'elle voit.
- Écrivez la liste des postes que personne ne fait jamais. Elle est plus longue que prévu.
Sources. Règlement sanitaire départemental, arrêté du 20 novembre 1979 portant règlement sanitaire du département de Paris, articles 117 et 118 (Légifrance) — chaque département dispose de son propre règlement, bâti sur le même modèle. Réglementation de l'activité de coiffeur en salon, Bpifrance Création : qualification professionnelle (Code de l'artisanat, art. L121-1 et R121-1), statut ERP, décret n° 98-848 du 21 septembre 1998. Cet article est une information générale et ne remplace pas la consultation du règlement sanitaire des Pyrénées-Atlantiques.